Le cancer du sein aujourd'hui

À la troisième édition de son forum en mai 2019, la Fondation cancer du sein du Québec a ajouté à sa journée grand public une soirée réservée aux professionnels de la santé.

Pour l'occasion, quelque 70 professionnels de la santé de tous les horizons étaient réunis afin d’assister à deux conférences captivantes. Le Dr Sandeep Sehdev, oncologiste au Centre de cancérologie de l’Hôpital d’Ottawa, a abordé l’utilisation des médicaments biosimilaires en oncologie. Nathalie Bolduc, directrice du programme de génétique et prévention à la Fondation cancer du sein du Québec, a exposé les facteurs de risque génétiques du cancer du sein.

Les biosimilaires en oncologie

Les médicaments biosimilaires sont très semblables au médicament d’origine. Cependant, contrairement aux médicaments génériques, ils ne sont pas chimiquement identiques au médicament d’origine.

Les biosimilaires ont l’avantage de coûter moins cher que les produits d’origine. Les économies qu’ils permettent pourraient servir à financer la recherche sur le cancer.

Cependant, des questions se posent : sont-ils aussi efficaces que les produits d’origine? Ont-ils des effets secondaires non désirés? Le Dr Sandeep Sehdev s’est fait rassurant :

« La sécurité de chaque médicament biosimilaire doit être prouvée, puis rigoureusement évaluée par Santé Canada. »

« Et surtout, comme c’est le cas pour tous les médicaments oncologiques, ils font l’objet d’un suivi constant, tant de la part des cliniciens que des autorités sanitaires. » 

Des informations nombreuses, mais pas toujours fiables

De plus en plus d’informations au sujet des biosimilaires commencent à circuler sur Internet. Le Dr Sandeep Sehdev a encouragé les participants à consulter des sources fiables et à poser des questions à leur médecin ou à leur pharmacien.

Une mutation aux gènes BCRA : un facteur de risque pour le cancer du sein?

Le gène BRCA1, pour breast cancer 1, a été découvert il y a une vingtaine d’années. Il appartient à une classe de gènes suppresseurs de tumeur qui maintiennent l'intégrité génomique afin de prévenir la prolifération incontrôlée de cellules mammaires.

La protéine BRCA1 est impliquée aussi dans la réparation des dommages de l'ADN.

Selon Nathalie Bolduc, une mutation sur les gènes BRCA1 ou BRCA2 pourrait être la cause d'un grand nombre de cancers du sein. Le risque d’en être atteint en raison de cette mutation a été évalué à entre 40 et 90 %.

Les pères contribueraient autant que les mères à transmettre les mutations. En effet, s’ils sont porteurs d’un BRCA défectueux, le risque que leurs enfants le soient aussi est de 50 % pour chaque naissance. En présence de la mutation, le risque de cancer chez les hommes augmenterait également, tant celui du sein que celui de la prostate.

Les gènes de prédisposition au cancer du sein pourraient aussi augmenter les risques d’autres formes de cancer, notamment celui des ovaires.

Faits saillants de la journée grand public

1. Démystifier le cancer du sein associé à la grossesse

Une femme enceinte sur 3 000 reçoit un diagnostic de cancer du sein. C’est le cancer le plus fréquent dans ce groupe. Il est souvent diagnostiqué tardivement, en raison des changements naturels qui se produisent dans les tissus mammaires. Il est donc important d’intensifier la recherche et la sensibilisation auprès des femmes.

La femme enceinte doit être à l’affût des signes de cancer du sein durant cette période et discuter avec son médecin de tout changement persistant. Les tests de dépistage sont réputés sans danger pour la mère et pour le bébé. L’examen manuel des seins, les échographies, la mammographie ou la biopsie sont également sécuritaires.

Malgré la grossesse, le traitement est possible, mais complexe. Plusieurs facteurs influent sur le choix du traitement, notamment le type et le stade du cancer, ainsi que le trimestre de grossesse au moment du diagnostic. Dans certains cas, l’allaitement est même une option après l’accouchement.

La recherche a permis de mieux comprendre l’environnement cellulaire unique dans lequel se développe ce cancer. Elle a montré que les risques de métastases au foie sont multipliés par trois lorsque le cancer du sein est diagnostiqué pendant une grossesse.

2. Espoir en cancer du sein métastatique (stade 4)

À ce jour, il n’y a aucun traitement contre le cancer du sein métastatique (CSM). Aussi appelé « stade 4 », ce cancer se propage ailleurs dans l’organisme, soit dans les os, le foie, le cerveau ou les poumons. Au Canada, 30 % des personnes atteintes développeront des métastases, et 5 % des cancers du sein sont métastatiques au moment du diagnostic.

Cependant, grâce à la recherche clinique, l’espoir est permis. Le taux de survie des patientes s’accroît d’année en année; certaines peuvent vivre jusqu’à 15 ans après le diagnostic.

3. Cannabis médical : un traitement complémentaire

Le Dr Antonio Vigano, du Centre universitaire de santé McGill, a dirigé le premier projet pilote au pays sur l'utilisation du cannabis médical pour les patients atteints du cancer.

Ses études ont conclu que le cannabis est une approche complémentaire aux traitements habituels pour la gestion des effets secondaires, notamment les douleurs neuropathiques, la perte de poids grave et l’insomnie.

4. Cancer et proches aidants : quelles solutions pour soutenir ceux qui aident?

Un Québécois sur cinq est un proche aidant, soit 1,6 million de personnes. Le tiers vit des épisodes de détresse psychologique liés entre autres à l’insécurité financière, l’anxiété, l’épuisement ou la maltraitance institutionnelle.

Quelques outils sont à leur portée. Par exemple, les gouvernements offrent des crédits d’impôt, des prestations pour les proches aidants et des services de répit. Des outils technologiques, comme la plateforme en ligne Huddol ou l’application MedHelper, constituent aussi une forme de soutien.

La Fondation cancer du sein du Québec propose aux proches aidants un service de soutien psychologique.

5. Le soya augmente-t-il les risques de récidives d’un cancer?

C’est tout à fait faux. La consommation régulière de soya ne présente aucun risque pour les survivantes d’un cancer du sein. Au contraire!

Les aliments dérivés des fèves de soya, ainsi que les graines de lin et le houmous, contiennent des phytœstrogènes, des molécules qui entraîneraient la destruction des cellules cancéreuses.

Sous forme alimentaire, les phytoestrogènes peuvent être consommés régulièrement sans augmenter le risque d’une récidive de cancer. Cependant, les suppléments sont contre-indiqués en cas de diagnostic de cancer hormonodépendant.